Toute petite, j’étais fébrile à l’approche du 24 décembre.
C’était ma plus belle journée de l’année. De Longueuil, je partais pour la ville de Québec dans la demeure de mes grands-parents. Mon cœur battait fort quand je voyais le Pont de Québec et quand je ressentais les bosses et les bruits des roues de la voiture qui passaient par-dessus celles-ci ! Dans quelques minutes, j’arriverais au Paradis !
C’était la journée des préparatifs de Noël.
Mon grand-père apportait et décorait le gigantesque sapin et l’entourait de cadeaux qui prenaient pratiquement la place de la moitié du sous-sol. Pendant que je contemplais les miens, il ouvrait les fameuses Turtles (chocolat) qu’il aimait que nous partagions ensemble en abondance à l’insu de ma grand-mère qui avait tendance à voir à notre santé. ‘’Ça suffit Léon, elle va être malade !’’Aurait-elle dit en temps normal ! Mais cette journée là tout était permis et sans limite en plus !
Lorsque je montais les escaliers, je sentais les effluves des tartes aux bleuets, fraises , poudings chômeurs , biscuits fourchettes, dinde, jambon à l’érable, sandwichs roulés de toutes les couleurs, tourtières, ketchup maison… ma grand–mère cuisinait sans arrêt . Elle sortait sa belle vaisselle de Noël, ses plus belles nappes et coutelleries et installait les tables avant que les nombreux invités n’arrivent.
J’étais très heureuse d’être entourée de toute ma famille, de mes 5 oncles et tantes qui étaient adolescents à jeunes adultes à l’époque et qui me chérissaient comme leur petite sœur. J’étais aussi très excitée à l’idée de retrouver mes nouveaux petits cousins de qui j’aimais prendre grand soin.
Lors de cette journée, il fallait aussi bien se coiffer et se vêtir dans l’unique chambre de bain à l’étage. Les odeurs de parfums de fixatifs et de séchoirs à cheveux s’entremêlaient. Je me souviens d’un Noël où ma mère m’aidait à enfiler mes collants rouges. Ma cousine Karoline qui courait et sautait dans le corridor comme une fusée, après avoir mangé un excédent de biscuits Wippet s’arrêta brusquement devant nous pour s’écrier : Cacaouette t’a ben des grosses fesses !!! Oui il est vrai que ma génétique me différenciait physiquement du reste de ma famille. Mon affro et ma peau chocolatée me rendaient bien unique dans la ville de Québec ! Comme mes grands-parents m’admiraient et me regardaient constamment avec amour et fierté, ils me faisaient apprécier, mon unicité! Le 24 Décembre, à Québec J’étais une princesse au royaume des Sylvestre!
Vers 10-11h on se préparait à assister à la messe de minuit. Assise tranquille dans leur belle voiture, je regardais à travers les fenêtres les flocons de neige tomber. Ils étaient magnifiques et d’une symétrie parfaite. On aurait dit que la neige était toujours plus brillante en cette soirée.
A l’église j’étais assise entre mamie (ma grand-mère) et grand-papa. Je ne comprenais pas grand-chose à ce que le curé disait mais peu importe, je ressentais la paix, la chaleur et un bien être inexplicable. J’avais la tête accotée sur le manteau de fourrure de ma mamie et j’entendais une voix forte et grave entonner les chants de Noël avec ferveur. Un peu plus fort qu’à l’habitude car mon grand-père aimait bien me rendre mal à l’aise et me jouer des tours, c’était sa façon de m’agacer un peu et de m’aimer beaucoup !
Au retour c’était le dépouillement de l’arbre de Noël. Encore plus d’invités, de cadeaux, de desserts et d’amuse-gueules. Que la fête commence !
Le jour du 24 était ma journée la plus importante de l’année car en plus de tout ce que je viens d’énumérer, le plus important était le temps passé aux côtés de mon héros, mon grand-père. Cet homme que je chérissais le plus au monde allait devenir mon modèle pour la vie. Ses croyances basées sur le christianisme et son grand respect pour la nature firent de lui un humaniste comme j’en ai rarement vu. Très instruit et très cultivé, il ne prêchait que par l’exemple. Son amour, sa simplicité et son humilité faisaient de lui un homme admirable et engagé. Je réalise aujourd’hui qu’il fût mon plus grand Leader et celui de bien d’autres.
Lors de mes 24 ans, il succomba à un cancer de poumon.
Dans sa souffrance juste avant de mourir, il débuta un manuscrit intitulé :’’ Les fleurs du cancer ‘’
C’est seulement lors du 24 décembre 1997 que j’ai compris la signification de ses précieux écrits.
Je vous en ferai part dans mon prochain article.
Isabelle Wilson
Vision Wilson & Associés
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